Le Stiff veille sur la côte nord d'Ouessant

acanbPress1 Ouest-france 2012

Ouessant la sauvage, avec son magnifique patrimoine naturel et architectural, n'est pas un sanctuaire. Elle est aussi vivante. Le Conservatoire du littoral y concilie ces deux impératifs.

Après Ouessant, II n'y a plus rien. Seul l'Atlantique, immense, qui respire et se fracasse sur les rochers déchiquetés d'Enez Eussa. Cette île de la haute mer, c'est l'avant-poste en mer d'iroise et c'est vraiment la fin de la terre. Deux phares signalent la côte nord de l'île : à l'ouest, Créac'h, le plus puissant de France; à l'est, le Stiff. le plus ancien de Bretagne.

Les poèmes du gardien de phare
   Michel Berthelé cache son émotion. Depuis 1993, il n'y était pas revenu. D'abord gardien du phare de la Jument. puls de Kéréon. Il a été le dernier gardien du Stiff. Avec son épouse, Thérèse, et leurs enfants, ils habitaient les batiments annexes. Au jour le jour, pendant presque vingt-cinq ans, Michel y a tenu son petit carnet de bord quotidien, observant son ennvironnement. la mer qui se fracasse sur la falaise du Stiff: "Effrayante, monstrueuse, démesurée. Dans mon phare, je suis aux premières loges. Je me prends à entendre l'avertissement funeste du tambour de Roc'h Er, le Diable rouge de l'île de Keller." Ses notes. humbles, toutes simples. sorn presque des haïkus, ces petits poêmes épurés.
   Automatisé, le phare est resté vide. Voilà cinq ans, les deux bâtiments annexes allaient être vendus et, bien sûr, transformés en résidences secondaires. Le Conservatoire du littoral a alors bondi pour préserver ce milieu unique: 436 hectares des landes littorales du nord de l'île (sur une superficie totale de 1 558 ha) sont entrés dans son périmètre. Grâce au soutien de l'Europe et de plusieurs partenaires, les deux bâtiments ont été restaurés. L'un. pour accueillir le public: en ce moment, il expose un abécédaire géant où le carnet de notes de Michel est très joliment mis en valeur sur 26 anciennes voiles de bateau. L'autre a été confié au Conservatoire de l'abell!e noire.
 
Petite abeille noire
   Car il n'y a pas que les petits moutons (et les robes traditionnelles) qui soient noirs. Ouessant est aussi le dernier sanctuaire de l'abeille noire bretonne. "C'est curieux que cette petite île en plein vent soit le paradis des abeilles...", note Michel. indemne du varroa, cette abeille de race pure a même échappé aux pollutions des pesticides. Si bien qu'aujourd'hui, l'île est «la référence européenne pour cette sentinelle de l'environnement», explique Jacques Kermagoret. président du Conservatoire qui veille sur 300 ruches où coule le miel de bruyère el d'ajonc.
 
Coût total du chantier, avec la restauration des bâtiments et des abris: 600 000E. Mals qu'importe: le nouveau président du Conservatoire du littoral, Jérôme Bignon. note, citant Einstein, que "quand il n'y aura plus d'abeilles, l'homme aura vraiment du souci à se faire..."

   Reste maintenant à trouver un nouveau financement, aussi original. pour restaurer le phare du Stiff lui-même. Il en vaut bien la peine. allumé par Vauban en 1700, à 90 m au-dessus de la mer, ses grandes lentilles Fresnel en laiton, derrière leurs vitres rouges qui vibrent sous les assauts incessants du vent, signalent l'ile à 44 km. Il a beau être vide, automatisé à deux pas de la tour radar de la Marine nationale, sa lueur rassurante et humaine veille toujours.
 
 
Christophe VIOLETTE.