L'Abeille noire préserve sa santé à Ouessant

 
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Ouest France Mai 2011
 
 
ll y a 20 ans, l'Abeille noire a réintégré l'île d'0uessant de force. Le but : protéger la race d'un virus préjudiciable à sa survie.
Depuis, un conservatoire veille à préserver sa pureté génétique.
 

Pourquoi ? Comment ?

Qu'est-ce que l'AbeiIle noire ?

ll s'agit d'une « mouche à miel » qui présente un abdomen de couleur noire, et dont le corps est particulièrement velu.

Elle fait partie des rares races d'abeilles considérées comme « pure et saine ». précise Jean-François Guillaume.

secrétaire de l'association Conservatoire de l'Abeille noire bretonne. Pure. car son patrimoine génétique n'a pas été croisé avec une autre race.

Et saine. dans la mesure ou aucun virus ni parasite ne l'a contaminée.

Pourquoi un Conservatoire ?
À la fin des années 80. un acarien baptisé « varroa ›› menace les colonies d'abeilles partout en France.

Afin de préserver l'Abeille noire d'une extermination programmée. une poignée d'apiculteurs finistériens se mobilise.

Ils créent une association en 1989. et décident d'importer sur Cuessant quelques spécimens venus des Monts d'Arrée et de la région des Abers.

Distance île-continent : 18 km.

« Le but était de réunir un écotype breton, à l'écart de toute hybridation et toute contamination, indique Jean-François Guillaume. L'Abeille noire est un insecte pourvu d'un patrimoine biologique exceptionnel. il fallait la protéger de toute urgence. »



En quoi consiste le travail sur l'île ?

Outre une mission de conservation de |'espèce. le Conservatoire développe l'élevage « pour réinjecter des abeilles pures vers les apiculteurs du continent ». Au fil des années, le nombre de ruches sur Ouessant s'est accru. Aujourd'hui, il en existe 150 dites « de production ». On recense « environ 400 reines » et « 200 colonies ». Depuis quatre ans. un salarié technicien apicole œuvre à l'année : entretien des ruches. organisation des élevages. récolte et conditionnement du miel, etc. « Sans compter le travail des dizaines d'apiculteurs bénévoles qui viennent à tour de rôle s'occuper des abeilles », observé Roland Leteuff, apiculteur, secrétaire-adjoint du Conservatoire.



Qui finance ces actions ?

Le miel récolté a Ouessant oscille entre une et deux tonnes par saison. Un chiffre variable en fonction des événements météorologiques. « Bien que l'espèce soit adaptée au vent et au froid, une tempête ou une sécheresse au printemps peut tout foutre en l'air ». prévient Jean-François Guillaume. La vente du miel, essentiellement distribué sur l'île, représente moins de 10 % d'un budget « supérieur à 100 000 € ». Le reste étant financé par des subventions de la mairie d'Ouessant, du conseil général, de la Région, et de partenariats divers. À l'instar du contrat commercial signé en 2009 avec le parfumeur Guerlain. « 8 % de la production de miel est utilisée pour la fabrication de sérum cosmétique. »



La race est-elle toujours menacée ?

Oui. mais la menace a faibli. L`espèce s'est repeuplée. À la sortie de l'hiver, la perte de la colonie s'estime à « environ 3 % » du cheptel. Quand. sur le continent. les autres espèces culminent à 30 ou 40 %. L'e×ceptionnelle biodiversité florale de l'île et l'absence de produits phytosanitaires expliquent en partie cette donnée. Autre inquiétude : l'installation récente de trois autres apiculteurs sur Ouessant. Le Conservatoire les a réunis afin de les sensibiliser au danger. « Ils ont entendu notre message. rassure Jean-François Guillaume. Ils savent que pour continuer à vivre, l'Abeille noire ne doit pas se mêler à d'autres espèces. »



Benoît TREHOREL